Lutte Finale, 4e opus de TERRE ROUGE

*Réunion de crise, préfecture de Marseille, 24 janvier 1873.
*
Nos héros, éreintés par une journée de bataille dans la ville, sont invités par lecommissaire Lupin et le capitaine Foch pour un conseil de guerre.
Lupin pointe un site sur la carte de la baie. « Monsieur Milkrog, vous confirmez donc la présence de Blanqui et ses hommes dans le village de l’Estaque ? ».
«_ Tout à fait, mon moniteur d’ondes telluriques a repéré l’arrêt de ma machine sur ce point précis_. »
« Une usine de briques, c’est le seul bâtiment d’importance dans ce coin. Le reste est constitué de maisons de pêcheurs. Vous avez une suggestion_. »
Gabriel, emporté par un élan patriotique lance «
on extermine la racaille_ ! »
Foch apprécie « bien dit, jeune homme ! Les cafards, on les écrase ! Je propose de poster notre frégate sur le port et de les bombarder.»
Lupin intervient « oui mais le village est rempli de civils. De plus, qu’est ce qui les empêchera de s’échapper avec la foreuse à la première occasion ? »
Margareth, silencieuse jusque-là, s’exprima «_ le mieux c’est de les neutraliser avec un petit groupe et de lancer l’assaut une fois que nous serons sûr de les avoir_. »
«_ J’ai peut-être un plan_ » acheva Gabriel.

Quelques heures plus tard, l’aube se lève sur les hauteurs de la baie. Le vent souffle frais et une charrette s’avance sur la route entre Marseille et le petit village de l’Estaque. Un jeune homme avec une casquette et un tablier plein de farine tient les rênes. Il est arrêté par deux ouvriers armés de fusils qui contrôlent la route. Le jeune homme (il s’agit bien de Gabriel) se fait passer pour un apprenti venu soutenir la cause en apportant des pains aux anarchistes. Avec son allure « plus vrai que nature », il fait illusion et les gardes le laissent passer non sans avoir pris quelques miches dans la charrette, quasiment sous le nez de Margareth et Milkrog, dissimulés sous une bâche.

Une fois dans les rues étroites du village, les trois compères se cachent pour analyser la situation. Sur un rebord de la colline, la briqueterie est gardée par quelques anarchistes armés jusqu’aux dents. Ils semblent sur le qui-vive. Les compagnons se séparent et Gabriel remonte dans la charrette tandis que les eux autres vont passer par derrière. Le jeune roublard s’approche et rejoue son numéro du sympathisant pour rentrer et gagner la confiance des anarchistes.
Marge et Milkrog s’engouffrent dans les ruelles pour trouver une entrée.
Le jeune homme réussi avec brio son numéro et pénètrent dans la partie entrepôt de l’usine où des dizaines de survivants de l’attaque de Marseille, pansent leur plaie avant l’inévitable confrontation finale. Beaumont joue finement en distribuant des pains à tous avec toujours un petit mot réconfortant. Réconfortant ? Oui et non, le fourbe distille sous les mots doux le chant du désespoir et fait comprendre qu’il « n’y aura plus de lendemains qui chantent pour eux ».
Le nain et la chasseuse pendant ce temps sont montés sur le toit d’une maison qui surplombe l’usine, difficile d’accès. Grâce aux talents athlétiques de la belle et à l’ingéniosité de son « tonton », ils se glissent sans se faire prendre sur la toiture de tuiles. En enlevant quelques tuiles ils espionnent leurs adversaires. Dans la partie fabrique dotée d’un immense four d’où sortent des briques par des chariots à même la terre, les conspirateurs se reposent, tendus. La machine foreuse est à l’arrêt aux côtés du four.
Ils observent Gabriel pénétrant dans le cœur du bâtiment qui vient parler au vénéneux Emilio, le nain responsable de l’explosion du Theresa. Il lui glisse discrètement un papier, lourd de conséquences. Il en vient ensuite à vouloir rencontrer Louis Auguste Blanqui, réfugié sur une plateforme en hauteur, scandant ses hommes à ne pas perdre espoir. Beaumont appelle le chef anarchiste charismatique. Ce dernier le regarde, les yeux exorbités, injectés de sang, les traits fatigués, en proie à une transe fanatique. Avant qu’il ait le temps de parler une magnifique femme sort d’un bureau et demande Gabriel son nom et la raison de sa présence ici. La jeune femme blonde et magnifique à la poitrine insolente trouble le jeune cambrioleur qui perd un peu ses moyens. Il s’agit sans doute de Joséphine, la fausse comtesse russe ayant piégé Milkrog. Malgré tout il arrive à se reprendre et à dénoncer Emilio comme le fameux traitre dont la rumeur parlait. Rappelons que c’est Gabriel lui-même qui a lancé cette rumeur parmi les partisans !

N’en perdant pas une miette, Margareth prépare un piège sur les toits pour arracher les tuiles et les faire tomber sur les anarchistes au cas où ils tenteraient une fuite.

Milkrog s’est plus intéressé à sa machine qu’il souhaitait désactiver. Il a trouvé un point faible, le robinet de la réserve d’eau alimentant la chaudière à vapeur. Avec son canon dissimulé dans son bras gauche, il vise le point précis dans sa ligne de mire. Il ne manque plus qu’une opportunité.

Elle ne tarde pas à venir… Le chaos s’installe dans l’usine face aux accusations de Gabriel. Ce dernier prétend qu’Emilio est en possession d’un document. Blanqui demande à Igor, l’assassin cosaque croisé par Margareth sur le Theresa, de fouiller le nain. Et découvre un laissez-passer signé de la main du commissaire Lupin expliquant que son détenteur est en fait un agent infiltré de la sureté nationale! Emilio crie au complot mais n’attends pas que les autres réagissent. Il fait exploser une grenade lumineuse et se glisse tel un rat entre les caisses pour s’enfuir au fond de l’usine.
Milkrog en profite et tire sur le robinet. Margareth qui n’attendaient que cela tire une fusée éclairante, signe convenu avec Foch et Lupin pour qu’ils lancent l’assaut. Blanqui hurle à la trahison et harangue ses hommes à éliminer les intrus. Igor décoche une lame assassine en direction du cœur de Milkrog, suspendu au-dessus d’eux. Le nain, d’un geste précis et froid, s’empare de la lame mais perd quelque peu l’équilibre.
Gabriel comprenant que la situation va dégénérer attrape Joséphine pour lui intimer de fuir avec lui. La jeune femme, comprenant que tout est perdu, se réfugie dans les bras du beau voleur et se laisse mener par une fenêtre. Le couple improvisé fuit en escaladant les rochers et descendre en contrebas.
Et il était temps ! Milkrog, pressé d’en finir, tir sur les caisses de poudre conservées par les partisans auprès d’eux. Une réaction en chaine se déclenche. Les caisses explosent et touchent l’immense four à briques qui provoque un déluge d’acier, de briques et de feu. Milkrog avait prévu son coup et a lancé son araignée grappin pour se jeter hors de portée de l’explosion. Margareth, moins chanceuse, tombera à terre, touchée par un shrapnel sur le flanc. Pendant ce temps Blanqui lève son poing rageur, combattif jusque dans la mort quand le feu des enfers s’ouvre sur lui. Les partisans postés à l’extérieur fuient comme des rats le bâtiment qui s’écroule. Ils sont vite encerclés par la police et l’armée qui s’infiltre dans les ruelles de l’Estaque. Les derniers survivants, sans espoir et épuisés, se rendent sans broncher. La guillotine les attend, assoiffée du sang des traîtres à l’Empire.

Surpris par l’explosion, Gabriel et Joséphine dégringolent le long des rochers pour retomber dans la garrigue, heureusement sans trop de dommages. Beaumont invite la belle révolutionnaire à s’échapper tandis qu’il rejoint ses amis. Mais pas avant d’avoir pu lui subtiliser un foulard de soie parfumé sans qu’elle s’en rende compte.

Lupin et Foch félicitent Milkrog et Margareth. La « Commune de Marseille » n’aura été qu’un pétard mouillé et les révolutionnaires sont morts ou entre les mains de la maréchaussée. Au milieu de ce chaos apparait un homme mur et athlétique, Matthieu de Saint Just, chef des templiers de Provence*. Il a reçu une lettre à l’intention de Margareth en provenance de la cellule américaine de l’Ordre de Diane. Encore sous le choc de sa blessure, la chasseuse retrouve une écriture familière.

Ma très chère Margareth,
Tu dois t’étonner d’avoir de mes nouvelles après un si long silence. Nos relations se sont détériorées depuis le décès de ton père. Je ne reviendrais pas sur ces circonstances, tu les connais aussi bien que moi.
Si je t’écris aujourd’hui ce n’est pas pour remuer le passé mais pour implorer ton aide. Ici à New York la situation devient de plus en plus intenable. Les ténèbres se répandent très vite sur le nouveau monde. Nous ne sommes plus assez nombreux pour lutter efficacement.
L’ordre de Diane est exsangue et nous avons besoin de tes talents au plus vite. Seule une Bloodstone est en mesure de réussir là où tant d’entre nous succombent.
Je te demande de nous rejoindre pour nous aider dans notre combat.
Ta mère, Morena Bloodstone
Grande Prêtresse de l’Ordre de Diane.
New York, USA.bq).

A ce moment un bruit de gravats se fait entendre en provenance du bâtiment en ruine. Emilio revêtu d’un squelette de métal dirigé par des leviers, sort des gravats et s’enfuit en sautant du haut de la falaise en poussant un rire sadique.

*Mais si rappelez-vous le grand final de notre précédente aventure, A la recherche du Baphomet…

Epilogue 1: Plus tard dans la journée, la ville panse ses blessures, compte ses morts et tente de reprendre une allure fière. Sur la place de l’Hôtel de ville, le maire salue les efforts joints de l’armée et de la police. Ernest Lupin n’oublie pas de mentionner la précieuse aide de Milkrog et ses compagnons. Notamment le plan audacieux de Gabriel Beaumont qui a permis d’éradiquer la menace avec efficacité.
Alors que tous applaudissent, un bourgeois s’approche de l’ingénieur nain. Cyprien Fabre, propriétaire malheureux du Theresa.
_- Je tenais à vous remercier en personne. Sans vous et vos amis le navire aurait certainement fait de nombreuses victimes. Je n’ose imaginer le désastre pour ma réputation et mes affaires. J’ai perdu des millions mais l’essentiel est sauf. Ah! Je n’aurais jamais dû me fier à ce nabot italien, sans vouloir vous offenser. Et puis les bateaux, même à vapeur, c’est surfait. Aujourd’hui l’avenir est dans les airs! Je vais investir dans des zeppelins. Marseille est en retard vis à vis de Paris ou Milan, il est temps d’y remédier. Dites-moi… Vous vous y connaissez en “plus léger que l’air?” C’est que… J’ai perdu mon associé pour les questions d’ordre technologique…
_
Epilogue 2:
Quelques jours plus tard, remis de leurs blessures, les compagnons s’apprêtent à repartir vers de nouvelles aventures. Milkrog, tout affairé à rassembler son matériel, range et s’apprête à fermer son atelier. Une femme dans la force de l’âge, modestement vêtue d’une robe noire, s’approche pour parler à Milkrog.
-_ Monsieur… Nous ne nous connaissons pas. Je me nomme Louise Michel et je fais partie de ceux qui pleurent le destin funeste du Grand Louis Auguste Blanqui. Monsieur, je n’ignore pas la part que vous avez eu dans la mort ignominieuse qui a frappé mon ami. Sachez que votre acte lâche et vil restera dans les mémoires de tous ceux qui luttent pour une société plus juste et équitable. Les camarades de la lutte sociale porteront à jamais ne leur cœur le nom de Milkrog le nain comme un anathème, le symbole du bourreau des justes._
Elle se retire sans un mot laissant Milkrog à ses réflexions.

*Scène post-générique.
*Ernest retrouve son bureau à la préfecture de police. Ereinté, il ne lâche rien pour autant et compulse les dossiers afin d’achever la paperasse. Il prend un gros dossier noté “rapports d’autopsies”.
-_ Alors voyons voir qui nous avions: Roberto Malone, ouvrier métallurgiste. Francesco Francavilla, docker. Mario… La piétaille! Un corps non identifié… Ah! Igor Blatsky… Bien connu de nos services celui-là! Assassin, mercenaire… Au service des Manteaux Noirs… Projeté par l’explosion contre un tas de briques… nuque brisée, brulé au troisième degré. Manquera à personne lui… Louis Auguste Blanqui… Enseveli sous les décombres… Foie explosé par un débris… Tête fracassée par un bout de métal… Hémorragie ayant entrainé la mort. Au moins c’est réglé! Tiens?!? Nombreuses lésions cérébrales antérieures au choc, yeux dilatés… Contenu gastrique étrange?! Présence de traces de piqures répétées et régulières au niveau de la nuque… L’état du corps est globalement détérioré et le sujet n’avait plus beaucoup de temps à vivre. Un empoisonnement?!? Son dossier médical de prison ne mentionnait rien. Etrange…
-Commissaire! Un télégramme pour vous.
- Pas maintenant, je suis occupé. Posez le sur mon bureau je le lirais plus tard.
- Mais commissaire, le pli porte la mention “personnel”.
- “Personnel”?! Donnez-le-moi… Oh bon dieu!
- Qui y a-t-il?
- Bouclez-moi la paperasse, je dois retourner à Paris immédiatement!_

Lutte Finale, 4e opus de TERRE ROUGE

Destinées Vaporeuses (Hack Chateau Falkenstein / FATE) Drdandy